GLISSE INTERIEURE AU JAPON

INNER SLIDE IN HOLY JAPANESE MOUNTAINS ou lorsque le ski devient méditation…

Les trois dernières semaines du mois de février 2008 sont consacrées au tournage de notre film au Japon. C’est l’Association « Team Wolfpack » que je préside qui va le réaliser. L’équipe se compose d’un caméraman pro de chez Happy Ride : Dino Raffault. Yann Picot sera l’autre caméraman.. Il y a aussi un photographe professionnel de ski : Dominique Daher. Olivier Bourdet skieur freeride (travaillant pour l’un de nos mécènes) et Adrien Coirier, skieur pro, membre cadre de l’association. Une japonaise Lié Ishihara, interprète est notre « chargée de communication au Japon » et moi-même. Le sujet du film est de raconter l’histoire d’un échange entre un skieur professionnel et son préparateur mental, entre un freerideur qui se classe parmi les dix meilleurs du monde et un skieur avec des déficiences pour qui le ski est un moyen de réhabilitation neurologique. Ce film montrera aussi le retour aux sources dans ce Japon traditionnel et ancestral qui perpétue des techniques de méditation particulière au 21ème siècle. Je servirais de guide à Adrien alors que lui-même sera mon guide pour mes premières traces au Japon dans la neige poudreuse. Il m’a fallu quatre saisons entières dans les domaines des Trois Vallées notamment à Courchevel, le domaine Killy et à Argentière pour être à un niveau acceptable en ski. Depuis deux saisons, je prends à nouveau des cours de ski régulièrement : Un grand merci à tous mes amis de Savatou et instructeurs (Pim, Marco, Yano, Hervé, Olivier, Poussin, Têtard, Basilou ; un particulièrement de Courchevel 1650 (FM), qui a déjà skié au Japon, sur Shiga-kogen avec des malentendants. C’est grâce à la générosité de nos mécènes que Wolfpack a pu réaliser ce projet de plusieurs milliers d’euros. Merci au joaillier BOUCHERON, place Vendôme à Paris, au laboratoire pharmaceutique LMBD/Algues mer, à l’entreprise en bâtiment EMBA ( Montmorency) et à Air France qui nous ont bien soutenus. Un peu juste pour le bouclage financier, chacun prend en charge son billet d’avion…

A peine arrivés à l’aéroport international du Kansai à Osaka, nous louons une voiture et une fourgonnette pour nos 500 kilogrammes de matériel et nous nous rendons à Kyoto. Arrivés le matin à l’aéroport international d’Osaka , vers les 15 heures, nous sommes installés à l’Hôtel « Hiean no Mori » dans le quartier de Sakyo-ku, près du temple Shogoin à Kyoto après 2 heures d’autoroute. Pas le temps de se reposer ! Nous prenons nos affaires pour nous rendre à Fushimi, dans le sud de Kyoto, afin de tourner notre première scène de cascade à Kyotaki, malgré une circulation urbaine très dense. Avec la lumière de fin de journée, les portiques rouge shinto sont lumineux ! Le lendemain, nous filmons le matin au temple Kinkakuji, le célèbre Pavillon d’or.

L’après midi nous avons rendez-vous avec les moines bouddhistes du temple Shogoin pour la cérémonie du feu en vue de la « bénédiction » de nos skis afin de pouvoir skier sur les montagnes sacrées du Japon. Le point central du film étant la montagne au Japon, j’ai voulu montrer à Adrien cette forme de bouddhisme montagnard qu’est le Shugendo et j’ai donc requis de la part des moines du temple Shogoin (dont je fais parti) d’exécuter la cérémonie la plus secrète du Shugendô, celle du feu ! Feu & Eau sera aussi un autre thème du film, avec les cascades de Fushimi et celle du volcan Asama ensuite. Une fois la cérémonie achevée, nous avons un entretien avec le Gomonshu Miyagi Tainen, le supérieur du temple impérial Shogoin et l’un des grands Maîtres du Shugendô, qui sera très important lors du montage du film. Puis j’effectue dans le temple, une démonstration de sabre japonais.

Le lendemain dans la nuit, nous quittons Kyoto pour aller à Manza, le plus haut village du Japon, dans les alpes japonaises de la préfecture de Gunma, en limite de Nagano. C’est un trajet qui nous prend toute une journée en voiture. Il se met à neiger fortement au départ de Kyoto. Si le Japon est tropical en été, l’hiver il est sibérien et les cumuls de neige y sont astronomiques ! A Manza, station thermale de réputation nationale, nous nous présentons à Tatsuyuki Kuroiwa, directeur de l’école de ski. Grâce à son aide, à celle de son assistant monsieur Ogata, et de l’hôtel MANZA ONSEN, nous avons toutes les autorisations pour skier en hors piste, à condition de ne pas se faire voir car le hors piste est interdit au Japon. C’est une chose fort dommageable, de surcroît si les petites stations, par exemple celles de Manza, Kusatsu et Shiga-Kogen étaient reliées entre elles par un seul domaine et que le ski hors piste soit autorisé, avec la neige poudreuse d’ici , ce serait l’une des Mecque mondiales des Freeskiers, du ski-hors-piste , tant la qualité de neige est fantastique. Kuroiwa, formé à l’école autrichienne de ski, est le pionnier du «free skiing» au Japon. Il nous prête une copie VHS du film qu’il a réalisé en 1976 où on le voit avec ses instructeurs, faire du ski en poudreuse, afin que nous puissions mettre des passages dans notre film. Grâce à ses conseils, nous nous rendons directement aux endroits pour tourner. Pas besoin de perdre des heures en repérages fastidieux. C’est un gain de temps des plus appréciables. Je savais que la neige au Japon était particulière et je voulais la faire découvrir à Adrien comme à Olivier ; une personne que ce prénom définit très bien, tant il est pur & dur ! Cinq jours de neige, avec 50 cm de neige fraîche tous les jours… On peut tous les jours « griffer » le domaine en entier car le lendemain, les traces sont recouvertes et c’est à nouveau praticable ! « C’est magique ! » Comme dit Adri. Une après midi où il neige fort à Manza, nous en profitons pour nous rendre au pied du volcan Asama où j’ai repéré à l’automne une cascade importante pour y pratiquer le TAKIGYO, ablution rituelle dans la cascade ! Adrien pense qu’elle sera entièrement gelée et promet de se raser les testicules si l’eau coule encore… Elle se trouve à une heure de voiture de Manza, sur l’autre montagne… Malheureusement pour Adri, une eau à 2° degré coule, certes emmaillotée dans une colonne de glace… C’est magnifique. Après la cascade, je réalise une séance de calligraphie car je tiens à montrer le parallèle entre des skis, un sabre, un pinceau qui, lorsqu’ils deviennent le prolongement du corps, permettent une meilleure réhabilitation du cerveau. Je tiens à montrer la similitude entre : tracer dans la neige poudreuse et fraîche avec des skis et tracer des idéogrammes sur une feuille vierge de papier. Vaste projet que ce film… car il doit aussi être un message d’espoir pour d’autres lésés cérébraux dont le sentier de réhabilitation est ardu ! Peut être plus difficile que le mien encore et le mien dure depuis déjà 2001. Ce sera plus qu’un film sur le ski ; il montrera aussi plein d’aspects, comme ce Japon traditionnel que je connais pour y avoir vécu longtemps ; comme l’échange entre un valide skieur de haut niveau et un traumatisé crânien pour qui le ski est l’un des moyens de réhabilitions neurologiques… C’est un voyage poétique et sportif sur le dépassement de soi-même !